Fin du monde, cassoulet William Saurin en boîte et autres certitudes très correctes
Raymond et Didier ont investi un garage, dix-sept sachets de chips au vinaigre, du cassoulet en boîte William Saurin et la conviction absolue — fondée sur un article du Chasseur Français de mars 2026 — que le monde va s’arrêter cette nuit.
Ils attendent. Ils débattent de l’ordre logique dans lequel manger les provisions. Ils surveillent la couleur du ciel. Ils règlent la question de la dernière bière avec une rigueur philosophique consciencieuse.
Entre un barbecue en fonte de cent quarante kilos resté au cabanon et un chat nommé Syndicat qui est peut-être au courant de tout, Raymond et Didier nous offrent une apocalypse très correcte et, sans le chercher, quelque chose qui ressemble à de la tendresse.
Une pièce sur deux hommes ordinaires qui auraient bien aimé que leur naufrage soit grandiose.


Faire tenir un C15 amoché à côté d’une fin du monde, un arbre magique senteur vanille à côté d’un souvenir qui n’existe même pas encore, pour voir ce qui, du réel, résiste encore à la logique et ce qui, en cédant, dit quelque chose de vrai. L’absurde ouvre une fissure par laquelle regarder ce qu’on n’ose pas nommer autrement.
Je ne crois pas que l’absurde soit un décor comique posé sur une situation grave. Je crois que c’est l’inverse. On creuse dans le cassoulet en boîte et on tombe, sans le vouloir, sur un dimanche de juin, une épaule d’agneau, un enfant qui refuse de goûter, une femme partie avec le tire-bouchon électrique plutôt qu’avec le reste.
La fin du monde, la vraie, ressemble plus souvent à un divorce qu’à une météorite. Elle a la taille d’un garage. Elle tient dans une liste de courses.
Écrire Raymond et Didier, c’est essayer de faire tenir ensemble le grotesque et la tendresse sans jamais trancher entre les deux. Leur donner le droit d’avoir peur sans le dire. Et de le dire quand même, à travers une dernière bière qu’on hésite à partager.

