les poubelles parlent en avalanche on jette on jette on s’en fout déchet sur déchet sur silence sur klaxon sur rat mort sur burger gras sur bottes de police dans les flaques de canettes sur mégot fondu dans la gomme du trottoir sur couches jetées pleines d’enfance perdue sur ticket de caisse d’un monde en promo sur trottinette fantôme qui rentre jamais sur barquettes graisseuses ouvertes comme des bouches sur gobelets abandonnés à la soif collective sur restes de fast pas si food sur vitrines vides pleines de reflets sur chaussures sans pieds et pieds sans direction sur sirènes en veille et gyrophares intérieurs sur masques qui ont cessé de mentir sur murs tagués de promesses dissoutes sur pancartes de manif recyclées en silence sur dos pliés des éboueurs invisibles
et la ville gonfle se tend se dilate d’ordures et de rumeurs le trottoir devient ventre le mur devient gorge l’égout devient cri ça circule plus ça serre ça coule sans écoulement ça sature plus de place pour poser un pas plus d’air pour nommer l’air plus de dehors dans le dehors ville-engorgée ville-avalée ville-pleine-jusqu’à-l’évier tout se tasse tout se tasse tout se tasse ça craque ça craque ça craque plus fort que le silence des élus et au milieu juste le plastique qui respire encore
et le ciel le ciel survole indifférent nuage gris made in usine villes-poubelles sous la ville poubelle bennes pleines on compacte on dissimule on enterre ce qu’on a pas le courage de regarder et ça pousse oui ça pousse de travers tordu entre deux grilles mais ça pousse souffle de chlorophylle dans une toux de moteur ce qui reste de vivant fait pas de bruit mais attend mais résiste mais rampe mais pousse la ville est en train de se couvrir elle meurt pas elle s’enfouit et nous dedans bouches pleines de plastique et pourtant d’espoirs

