il pleut mais ça lave rien la pluie colle elle étale les odeurs remontent le bitume brille comme un mensonge bien rodé je me mouille jusqu’aux os pas par romantisme par défaut les gouttes frappent sans douceur elles savent où tomber la ville transpire et moi avec (eau grise / fatigue claire)
les murs retiennent le jour et le sol me bouffe toute crue ça colle partout ce putain de vent ce putain de souffle la rafale chaude et suintante d’une journée d’été qui en finit plus d’une journée d’été complètement fracassée
il n’y avait plus de matin aujourd’hui et il y aura sûrement pas de soir je crois c’est une journée d’été démolie pulvérisée j’ai détruit le temps j’imagine avec ma gueule crevée qui fonce dans ces putains de murs ceux-là qui retiennent le jour ceux-là qui retiennent ma douleur
tout se fissure se torture et se brûlure c’est un supplice cette ville où tout se fait dévorer et moi qui essaye de pas me laisser avaler par ce putain de bourbier les sables mouvants des pavés je bute sur les trottoirs qui dégueulent rien que du vide
j’habite les crevasses je m’engouffre dans les failles et toujours ce putain de vent qui m’incendie je suis — je suis où ? je suis bientôt cendres la rafale chaude m’a consumée je crois
la nuit a un goût de fer et de café froid on se traîne dans des couloirs de métro qui sentent la pisse et l’oubli y’a plus d’étoiles juste des pixels qui crèvent sur des écrans sales et nos gueules de bois qui s’affichent en vitrine on s’est perdus entre deux stations entre deux renoncements entre deux verres de trop pour pas voir que le ciel est un couvercle
tes mains sont froides comme le béton du matin et ton regard est une impasse où je me cogne sans cesse on s’aime plus on se supporte par habitude par trouille du vide par flemme de refaire ses valises la ville nous a bouffés on est des restes des miettes de vie balayées par le vent mauvais des gares
le silence est une insulte qu’on se jette à la figure sans ouvrir la bouche les réverbères dégueulent une lumière de morgue sur nos espoirs en solde y’a rien à sauver rien à attendre juste le bruit des pneus sur le bitume mouillé et cette foutue solitude qui nous colle à la peau comme une sueur acide

