c’est un inventaire de gestes blancs : vider les poubelles de la rancœur, aérer les poumons après une nuit de tabac ou de silence, vérifier que le verrou du cœur tient toujours malgré les secousses du monde. je fais l’état des lieux chaque matin devant la glace de la salle de bain et je note les dégradations d’usage : une ride comme une fuite au plafond, une raideur dans la nuque comme une porte qui grince. le corps n’est pas un temple, c’est un logement de fonction qu’on occupe sans avoir choisi la déco. on y traîne en pyjama de doutes, on y boit des cafés trop amers en regardant la pluie battre contre la vitre de la peau. on est chez soi nulle part ailleurs, et pourtant, on se sent souvent comme une étrangère qui a forcé la serrure de sa propre vie.

