nuit d’errance nuit de —

je prends la route sans savoir vers où la ville dort ou fait semblant les vitrines mortes les trottoirs collants de pluie et les autres rient quelque part chez des gens dans des salons remplis de chips et de musique mais pas moi

moi je marche mains dans les poches avec juste le bruit de mes semelles et des trucs qui tombent des arbres je vois un chat crevé sous une voiture un mec qui dort sur un banc une affiche de cirque déchirée un lampadaire qui clignote comme un œil qu’on arrive pas à fermer la nuit est épaisse comme une soupe dégueulasse et douce comme un pull trop grand je marche jusqu’à ce que mes jambes deviennent des morceaux sans volonté

je rentre sans lumière sans bruit et le vide est toujours là assis sur mon lit musique à fond monde du dehors qui rentre pas ma chambre c’est une prison avec posters un ventre chaud un trou où crever lentement y’a la pile de fringues pas lavées les canettes vides la lampe ikea qui pend mal et la vieille moquette qui gratte les pieds je fume en passant la tête par le velux comme si la fumée pouvait sortir les pensées avec

j’ai seize ans et déjà envie que tout s’arrête un peu

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