je laisse la clé sous le paillasson du monde et je marche vers l’heure où les ombres ont plus besoin de murs pour tenir debout la ville est une boucle une répétition un disque rayé qui saute sur nos battements de cœur mais j’ai appris la syntaxe du vide j’ai appris à lire entre les briques et les barbelés mon corps est une archive de tout ce qu’on n’a pas dit de tout ce qu’on a laissé couler dans les bouches d’égout avec les pluies sales et les colères rincées
on n’a rien gagné on n’a rien perdu on a juste traversé le courant sans se noyer tout à fait et c’est déjà une forme de victoire une petite insulte au silence des élus je regarde mes mains elles ont la couleur de l’asphalte et le goût de la liberté volée au milieu des files d’attente et des dossiers classés la ville peut bien continuer de gonfler de s’étirer de recracher ses fantômes et ses néons moi je reste là une faille une onde un bruit qui refuse de s’éteindre
on se retrouvera peut-être au coin d’une rue déserte là où quelqu’un chante faux mais vrai là où le possible reste ouvert malgré tout je garde le fragment de rue dans ma poitrine je garde le courage fatigué et je m’enfonce dans le flux une dernière fois sans me retourner la ville prononce toujours pas mon nom mais je sais maintenant que c’est parce qu’elle a plus besoin de mots pour me reconnaître je suis le bitume et le bitume c’est moi

