le béton froid sous les genoux et les échos de rires cassés des murmures étouffés contre un ciel trop vaste quelque chose qui craque entre le poids des jours et la lumière qui plie on garde sur la paume l’odeur de fer et de sang des balançoires rouillées ce goût de métal qui reste entre les dents quand on crie trop fort dans le vent gris la poussière de la ville s’incruste partout dans les griffures des coudes sous les ongles et sur les croûtes des genoux qui guérissent jamais vraiment toujours rouvertes par une chute de trop sur l’asphalte qui pèle
on rêve de routes ouvertes de ciels de quand on voit même plus au-delà de ce qu’on voit mais on reste ancrées dans le bitume on a la peau sèche les lèvres gercées on apprend à vivre avec les manques les ratés les blessures et on sait qu’y aura toujours un concert pourri une clope à partager assises sur le bord d’un trottoir qui nous râpe les cuisses pour nous rappeler qu’on existe malgré tout et pour de vrai de vrai dans cette ville qui nous aime (ou pas) mais qui nous tient
on est la somme de nos échecs et la beauté de nos failles

