on remue le café dans le sens inverse des aiguilles d’une montre pour essayer de remonter le temps. on ajuste ses lunettes pour faire écran. on vérifie ses poches pour se rassurer sur sa propre densité. ce sont des rituels de survie en milieu connu. je regarde mes mains s’activer sans moi, elles connaissent le code du clavier, la texture des poignées de porte, le poids exact du téléphone qui nous sert de boussole. ce sont les archives du banal. chaque mouvement répété mille fois finit par creuser un sillon dans la chair. on devient une habitude. on devient le décor. jusqu’à ce qu’un frisson ou une maladresse vienne briser la vitre et nous rappelle que sous l’armure des habitudes, quelque chose de sauvage attend encore son heure.

