la ville se vend aux enchères sur des écrans de verre et de haine on a bouffé le ciel on a vomi la terre et on danse encore sur nos propres chaînes y’a des mômes qui pleurent dans des téléphones des vieux qui s’éteignent sans un bruit et toi tu cherches un sens à l’automne dans les poubelles dorées de la nuit on nous vend la peur au prix du kilo on nous achète l’âme à coups de clics de pub de néons et de faux idéaux pendant qu’on crève en silence dans la rubrique des chiens écrasés par le profit des mains sales qui signent ton destin sur un coin de table entre deux whiskys et un mépris souverain
aime-moi bordel comme si c’était la fin comme si demain était qu’un mensonge de plus on est des ombres qui ont encore faim de vérité de révolte et de refus on se cogne plus qu’on se caresse les os qui heurtent les os dans l’urgence de sentir encore quelque chose sous la peau on s’embrasse avec un goût de cendrier froid et de solitude rance une amertume qui colle au palais comme le bitume aux semelles je veux tes cris je veux tes larmes je veux la trace de sel que laisse la sueur sur les draps jamais changés cette crasse humaine qui prouve qu’on n’est pas encore des machines de verre qu’on s’arrache au béton pour un instant de grâce au milieu des alarmes pour un battement de cœur qui ferait trembler leurs maisons
j’ai des éclairs dans les dents et des marteaux dans la nuque tout cogne trop vite et je suis plantée là comme une bête dans un tunnel yeux ouverts bouche pleine d’acide je pourrais courir mille kilomètres tout contre le vent qui m’arrache le visage ou crever dans une baignoire dans la même seconde ça changerait rien tout brûle et s’évanouit en même temps malaise vagal contre les bords de mon crâne bourrasque cyclone tempête ouragan tornade typhon tous les synonymes me crient dessus pendant que le cœur tape contre les côtes

