on vit à la verticale
dans un ventre de béton
un trou à rat où la lumière se faufile jamais
se coince dans les angles, se noie dans la crasse
les murs suintent la nuit, la poussière, la fin des lendemains
le vieux grille-pain fume encore, éclate ses étincelles
on tient ça pour de la magie, du miracle à portée de main
la chatte s’étire sur le canapé défoncé
les fenêtres sont calfeutrées avec des journaux froissés
on respire l’air d’un placard qui a vu trop de secrets
on vit à la débrouille
on trafique, on rebricole, on rafistole
une ampoule à moitié cramée éclaire la cuisine
où l’on dévore du pain rassis trempé dans du café froid
on parle de rien, ou de presque rien
le temps s’égoutte sur les casseroles, sur nos peaux trop fines
on se raconte des histoires de ce qu’on pourrait faire
des vies volées qu’on essaie de recoller avec de la ficelle
on rit à moitié parce qu’on est fatigués
la fatigue se glisse entre les doigts, elle colle comme la sueur
on se tient chaud comme on peut, à coups de sourires cassés
on se dit que demain c’est encore pire
mais qu’on s’en fout un peu,
tant qu’on peut se choper des bribes d’humanité
dans ce foutu cloaque

