Dans le coin discret de ma cuisine,
tu veilles.
Pas un mot, pas un bruit,
jusqu’à l’heure du miracle.
Tu n’es ni four, ni feu.
Tu es mieux :
la patience incarnée,
le souffle chaud de la certitude.
J’y verse le riz,
nu, fragile, en attente.
Je ferme ton couvercle comme on ferme les yeux.
Pas d’explosions, pas de flammes,
juste cette vapeur qui monte
comme une prière muette.
Tu ne juges pas mes oublis,
ni mes approximations.
Trop d’eau ? Trop peu ?
Tu compenses, tu ajustes.
Tu pardonnes.
Et puis : clic.
Un petit son discret,
comme un haïku électrique.
Et je sais.
Le riz est prêt.
Le monde va un peu mieux.
Tu es la tendresse programmable,
le moine bouddhiste de l’électroménager.
Tu réconfortes sans parler,
tu nourris sans demander.
Et dans cette époque qui crie trop fort,
toi, tu mijotes.
Simplement.
Calmement.
Parfaitement.
Juste exactement comme il faut.

