le froid mord le quai
comme s’il avait un vieux contentieux à régler
le béton tire la gueule
les gens aussi
figés là / dos au vent
version statues sans enthousiasme
une voix grésille
quelque part dans les airs
retard annoncé
rien de nouveau
tout le monde s’arrête
comme si ça changeait quoi que ce soit
les yeux s’alignent sur les rails
c’est presque beau
ce moment où personne croit vraiment à ce qu’il regarde
un souffle se lève
métro en approche
promesse vague de mouvement
le quai vibre un peu
comme un vieux téléphone en mode silencieux
les épaules se redressent
mécaniquement
les sacs montent sur les dos
les yeux cherchent un courant d’air potable
n’importe quoi qui ressemble à un futur
les portes s’ouvrent
personne ne se salue
la foule s’engouffre comme une grande idée floue
le métal claque
fin de la scène
le silence tombe avec la régularité d’un ticket composté
le métro part
et avec lui une certaine illusion de destination
(le quai reste là
comme un décor trop vide
un peu gêné
d’être plus rien
qu’un lieu
qui attend
encore)

