ce qui compte
n’est pas là
(mais alors
vraiment pas)
le sens ?
dans l’interligne
au fond de la marge gauche
ou peut-être
dans ce mot
qu’on a pas imprimé
par oubli volontaire
on écrit
on rature
on reformule
on tapote la touche espace
plus souvent que la touche des lettres
( )
(étrange addiction au vide)
( )
( )
( )
tu lis ce que j’écris ?
dommage.
tout est
entre
deux points
deux soupirs
deux fois
où tu t’es arrêté
de lire.
à force…
le texte est devenu
une
passoire.
le sens s’échappe
par
les trous.
blanc
blanc
encore un
blanc.
tu crois que c’est fini ?
non.
c’est juste un
blanc plus long
que les autres.
les phrases
font semblant
de dire —
mais
elles
cachent,
elles glissent,
elles
s’excusent
presque
d’exister.
ce qui parle
vraiment,
c’est
ce qu’on dit
pas.
ou
mal,
ou
à côté.
(exemple : ce poème)
tu veux le comprendre ?
fais silence.
arrête de lire à voix haute.
écoute ce qui
n’est pas écrit.
lis
la pause.
lis
la
fuite…
lis
la
tentative
ratée.
voilà.
tu l’as vu ?
non ?
normal.
c’est écrit
nulle part.

